Forde a le plaisir de vous convier à l’ouverture d’Arcana, la première exposition personnelle de l’artiste Ye Xe. Forde est ouvert les vendredi et samedi de 16h à 20h et sur rendez-vous (mail@forde.ch)

Fresh from memory

De même.s en même, déterminés génétiquement et mécaniquement, les réplicant.e.s dans la science-fiction apparaissent à la façon des répliques au théâtre, clonées et programmées pour avancer de causes en effets. La rétrogression est une des façons de nommer ce mouvement rétrospectif (le regard dans le rétroviseur) pour produire une sensation d’avancer, procédé largement utilisé dans les constructions narratives. Il faut s’imaginer que nous sommes les réplicant.e.s d’une volonté sociale envers laquelle on cède en accomplissant notre rôle. Si la culpabilité générée justifie de se transcender et de se perdre, il en émerge une joie immense ; un amour de nos réplicant.e.s qui pullulent et nous colonisent, désincarnation du mythe du retour à la maison, permettant de se déposséder en migrant d’un corps à un autre et de fuir une génétique originelle.

L’exposition de l’artiste Ye Xe peut être comprise comme la manifestation d’une série de réplicant.e.s désincarné.e.s de leurs passés, suite à une série de décompositions picturales, qui avancent sur les décombres de styles historiquement orientés. La régression critique qu’implique cette allégorie de l’histoire nous éloigne des récits originels fondateurs et de leurs écoulements progressistes, portant de la sorte atteinte à l’économie circulaire du travail qui génèrerait de la valeur en proposant une plus-value du post, néo, rétro, new, after, off, in, outside, inside, etc.

Les différents types de réplicant.e.s de cette exposition se matérialisent entre des passages temporels qui allient autant la volonté de l’expressionnisme, à la structure minimalisante, à l’espace prophétique du constructivisme, à la douce ironie du postmodernisme, au romantisme déterré… Ce turn over du travail de Ye Xe décrit une autre fonction de l’exposition, qui, répliquant l’autonomie cynique (l’auto et le sur-référencement), l’absorption pseudo-naïve (l’effet shiny des reflets sur les pigments siliconés) ou encore le fétichisme esseulé (un dé devient une croix qui devient un chien), régresse des gestes et des formes dépouillées de leurs identités fondatrices. Alors, la couleur bleue semble devenir la métaphore centrale de la suave croyance en l’intelligence humaine et de sa représentation scannée de nos corps schizophrènes. Et pendant que nous saluons, une à une les peintures, dans notre démarche de connaisseurs ou d’amateurs de l’art, les peintures, elles, continuent leurs décompositions. 

Je glisse sur ma bave, sécrétion de béatitude subite et chasse de ma voix de thérapeute les idées cohérentes qui me viennent à l’esprit… et je me dis : crois-tu que l’on peut encore se prendre dans les bras ? Pour partager ces moments qui n’existent pas ?

À cette déréalisation qui rend impossible le réel et qui pourtant ne l’empêche pas de se produire, l’aspect No-Age de cette exposition peut être lu comme une thérapie de groupe autour des présupposés eugéniques aux générations et aux histoires. Si l’ossuaire évoque l’(anti)psychanalyse et nos disparitions prochaines, Ye Xe en dédramatise les conséquences en encavant ces références, à l’image du titre Arcana qui renvoie au jeu de tarot et toutes les possibilités souterraines qu’il ouvre ; appeler et faire ressurgir de façon hasardeuse nos clones.

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Exposition du 12.03.2021 au 07.05.2021
Rue de la Coulouvrenière 11
2ème étage
1205 Genève