Passer des portes battantes constitue un effort démocratique minimal pour rentrer dans le vestibule. À ce moment-là, l’ombre de Gal Knockout s’avance et dit: Je vous aime, mais sous certaines conditions, et je ne compte pas sur vous pour les remplir.

Le charmant accueil de Gal Knockout en ce vestibule se réfère aussi bien à l’anatomie humaine qu’aux antichambres présentes traditionnellement dans certaines maisons. Dans ce dernier cas il sert de lieu d’attente, la préparation physique (on s’y apprête et on s’y inspecte) se mêle au conditionnement psychologique (aux discussions à venir, aux joies et peines futures et aux stratégies de toutes sortes). L’unité d’espace de cette exposition, qui fonctionne par systèmes de rabats et de dédales ouverts, libère notre bête intérieure qui tente d’en comprendre son rôle et ses déterminations. À l’image d’un zigzag politique psychodynamique – que peut constituer la fuite de l’animal – les possibilités de lecture ne s’épuisent qu’au moment où la fatigue l’emporte sur la réalité de l’exposition nous anesthésiant.

Mais cette psychologisation doit résister à la multiplication des rumeurs circulant autour de la figure de Gal Knockout qui signifie autant une espèce de cochon « utilisée » pour des opérations de xénogreffes que le « joli » ou « beau » corps humain assigné femme. À cet assemblage chimérique de deux corps différents, Shirin Yousefi instille des indices pour lesquels nous ne sommes pas les indispensables scénaristes, bien que nous soyons l’épicentre de leur expérience: des noms bizarroïdes sont invoqués en sous-texte, tel que Rala ou Sufu, de nombreux sons spécifiques à des activités ou mouvements, tels des claquements et sifflements de fouets surgissent et nous suivent selon nos déplacements, des lumières légèrement colorées au kéfir irradient l’exposition de ses propriétés bienfaisantes pour la flore intestinale, ou encore des porte-fesses ou fourches bioniques sont prêtes à l’usage. C’est comme si nous étions devenu.e.s les monologues intérieurs de potentiel.le.s acteur.rice.s incompétent.e.s qui ne pourraient s’empêcher de commenter des productions réelles, mais absentes du vestibule: la loi du silence et de ses spectres (le commentaire et ses formes paranoïaques) comme lieu d’exercice du pouvoir.

A la supposée indivisibilité de nos corps, Shirin Yousefi propose alors une unité de production, une femme ou un cochon, entre le groin fouisseur et la mélusine, qui opère et démembre des organismes en autant de solutions que de croyances en nos émotions de comptables, d’anatomistes, de médecins, de politicien.ne.s, de manipulateur.rice.s, de revendicateur.rice.s et de scripteur.rice.s d’histoires pour enfants.

+ Partager

Pour cette exposition et en raison de la crise sanitaire, Forde est temporairement ouvert sur rendez-vous uniquement (mail@forde.ch).
Crédit photographique : Théa Giglio